L'amour de tante Mariette - Maude St-Clair
Maude St-Clair

Étant issue du monde de l'esthétique, j'ai choisi de prendre une pause. Toutefois, puisqu'il fallait que je me sente vivre à nouveau, j'ai décidé de créer ce blogue pour vous faire découvrir d'autres univers qui m'ont toujours passionnés.

L'amour de tante Mariette

L'amour de tante Mariette - Maude St-Clair

Je viens d’une grande et belle famille tricotée serrée, comme on dit. Ma cousine Mariette, a 63 ans. Elle ne les fait pas, mais elle les sent bien, me dit-elle. Nous avons un grand écart d’âge, ma mère étant la cadette de leur famille de 11 enfants, et de la sienne, Mariette est l’aînée. Elles ont été élevées au grand air avec les poules et les cochons. Ma mère a quitté leur région natale à l’âge de 16 ans, pressée d’aller faire sa vie dans la grande ville, alors que ma tante Madeleine, n’a pratiquement pas bougé de leur ville natale. Ma cousine a plus été pour moi, une jeune tante qu’une cousine. Mariette est une femme cultivée, curieuse et intéressante. Ma tante Mado était très fière d’elle. Elle a été professeur d’histoire, mais elle m’a confié que si elle avait pu, c’est archéologue qu’elle aurait voulu être. Elle a épousé un comptable, Thomas, rencontré à l’université et spécialisé en planification fiscale. Dans ma jeunesse, Thomas était mon idole, je le suivais partout quand il était avec nous. Il faut dire qu’il avait le tour de parler avec tout le monde celui-là, surtout les enfants. Et en plus, il jouait de la guitare autour du feu alors que je rêvais d’apprendre aussi. Mais, ils n’ont pas eu d’enfant malheureusement. Elle a vécu deux grossesses avancées, mais elle ne les a pas rendues à terme les deux fois. Finalement, leur médecin a conclu qu’enfanter pourrait lui être fatal. Thomas, qui ne voulait pas risquer de perdre sa douce moitié, ils ont abandonné leur rêve de fonder une famille. Mariette s’est dévouée corps et âme pour les enfants de sa classe, et ce, pendant près 40 ans. Leurs deux beaux Labrador ont été leurs fidèles compagnons de vie. Je crois qu’ils ont quand même eu une belle vie tous les deux, toujours au diapason. Ils ont beaucoup voyagé.  Et puis, un jour, il y a deux ans, Thomas a été foudroyé par un anévrisme au cerveau. Il est parti rapidement et s’est éteint, trop tôt, dans les bras de sa douce Mariette, un dimanche matin d’automne. Quand l’ambulance est arrivée, il était déjà trop tard.

On voyait que Mariette s’était éteinte avec lui. Elle avait perdu sa vitalité. Elle était demeurée souriante, gentille et adorable avec tout le monde. Elle a redoublé d’ardeur dans le bénévolat, mais le cœur n’y était pas, je crois. Cela nous désolait, car elle pouvait sûrement avoir encore de belles années devant elle.

Et puis, il y a un mois, je l’ai croisé au théâtre. Elle était accompagnée d’un homme distingué. Elle est devenue toute rouge, et m’a présenté, en bafouillant, Gilbert, un ami. Le lendemain, je suis passé chez elle. Elle s’attendait, semble-t-il, à avoir de mes nouvelles. Après tout, elle est ma cousine préférée, et ma curiosité est légendaire. Elle a rencontré Gilbert à la chorale de son quartier. Il lui a plu rapidement. Il est veuf aussi, à trois enfants et 4 petits-enfants. Il semble très intéressé par elle, mais elle hésite. Elle est trop vieille pour revivre l’amour, elle se trouve ridicule. Et surtout, elle n’a connu aucun autre homme que son Thomas. Je l’ai rassuré, elle est superbe encore, et elle n’a qu’à rester elle-même. D’ailleurs, c’est sûrement Thomas qui a mis Gilbert sur sa route, elle ne peut pas repousser une deuxième chance de vivre le miracle de l’amour. Je l’ai revu chez ma tante la semaine dernière. Elle resplendissait de bonheur au bras de Gilbert qui semblait aussi très fier d’être son compagnon et n’avait des yeux que pour elle.

Vous vous demandez pourquoi je vous raconte cette simple histoire. Pour ne pas oublier que les gens heureux ont aussi une histoire. Et surtout que l’amour véritable ne connaît pas les rides …